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Colloque "Lyotard, le postmoderne et le politique"
Ce colloque est organisé par Frédéric Fruteau de Laclos, professeur en philosophie de l'environnement et philosophie des sciences humaines à l'UPEC et membre du laboratoire LIS ainsi que Claire Pagès, professeure de philosophie à l'Université de Nanterre et membre du laboratoire Sophiapol.
du 8 octobre 2026 au 9 octobre 2026
Bâtiment L, salle des conseils (4e étage)
200, avenue de la République - 92000 Nanterre
Université Paris-Est Créteil (9 octobre)
Campus Centre - Bâtiment T - Salle Daniel Laurent T1-208 (2e étage)
61, avenue du Général de Gaulle - 94000 Créteil
Présentation
« Plus de vagues, des vogues ». C’est en ces termes, dit-on, que Félix Guattari aurait accueilli la parution de livre de Jean-François Lyotard La condition postmoderne en 1979. Faut-il comprendre qu’à partir de cette date, pour Lyotard, il n’y a plus de politique, mais, sous le signe du postmoderne, l’acceptation de tout ce qui est et de tout ce qui advient, tel que c’est ou tel que cela advient ?Sans doute le diagnostic, en sa férocité même, a-t-il quelque pertinence par rapport à ce que Guattari était en train de fomenter avec Gilles Deleuze, notamment les « machines de guerre » de Mille plateaux qui paraîtront en 1980. On peut y voir aussi une référence à la fin d’une certaine entre-capture deleuzo-lyotardienne, remontant à Discours, figure et ayant trouvé dans les œuvres quasi contemporaines que sont L’anti-Œdipe de Deleuze et Guattari et Économie libidinale de Lyotard ses plus frappantes réalisations. Mais on pourrait se demander dans quelle mesure le jugement est pénétrant au regard du parcours d’ensemble de Lyotard, depuis son militantisme précoce dans « Socialisme ou Barbarie », cet engagement ayant longtemps retardé la rédaction d’une thèse de philosophie, d’abord envisagée en phénoménologie de l’histoire sous la direction de Paul Ricœur, finalement menée en esthétique avec Mikel Dufrenne.
Le postmoderne, dont Lyotard est, sinon l’inventeur, du moins le promoteur, marquerait-il le début du désengagement, par-delà l’épisode anarcho-désirant, et la fin de toute politique ? Rien de moins sûr. Il est bien vrai qu’on ne peut plus faire de la politique comme on en faisait depuis Marx et, peut-être, depuis la Révolution française. Sans doute faut-il renoncer à une certaine posture critique, et à une certaine idée, très moderne, de la rationalité. Certainement Lyotard se détourne de la politique comme art de l’administration du monde et de l’équilibration des forces et abandonne la perspective d’une alternative radicale (d’un pouvoir ouvrier) à la domination capitaliste. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à penser le politique, ni surtout à faire de la politique. « Postmoderne » est précisément le nom, la notion, qui s’impose pour concevoir le politique à notre époque, et pratiquer la politique, pour le présent et l’avenir. Le différend et son appel liminal à une « postmodernité honorable », L’inhumain et son analyse du « développement », ou encore les propositions avancées dans les bien nommées Moralités postmodernes, sont autant d’interventions, ou de types d’interventions, qui visent à inventer de nouvelles manières de s’engager dans un monde globalisé, compte tenu des décentrements de la rationalité, mise en question depuis les marges de nos empires effondrés.
La postmodernité ne vient pas après la politique, comme s’il s’agissait par cette création lexicale de signifier sa disparition ou son dépassement. Tout au contraire, elle est le nouveau régime de pensée sous lequel se laisse appréhender le politique et mener la politique. Redéfini, le politique gagne en extension. D’après Le différend, qui présente les fondements philosophiques des réflexions sur le postmoderne, la politique cesse d’être un genre pour désigner la question de l’enchaînement entre les phrases. Tout devient alors politique si la politique est la menace du différend et consiste à témoigner du différend.
Tel est le programme d’études que se fixe le colloque « Lyotard, le postmoderne et le politique ».
Les propositions pourront porter sur le moment de l’apparition du postmoderne dans le parcours de Lyotard, mais aussi sur les séquences théoriques et pratiques qui précédèrent, enfin sur les perspectives qui s’offrent à nous aujourd’hui, dans un monde hanté par le spectre de la « post-vérité » : loin de l’avoir préparée, l’idée de postmodernité est peut-être un des antidotes privilégiés pour contrer ses méfaits.
Programme
- 8 octobre 2026 | Université Paris Nanterre
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Matinée : À l’école de la théorie critique
Présidence : Katia Genel (Université Paris Nanterre)- 9h-9h15 : Accueil des participants et mot de bienvenue
- 9h15-10h : Agnès Grivaux (Université de Nantes, IUF), « L’économie libidinale de Lyotard face à la psychologie dialectique d’Adorno : l’usage lyotardien de la psychanalyse dans le champ politique »
- 10h-10h45 : Lucie Wezel (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis), « La tentation post-politique de la postmodernité : Lyotard contre Adorno (1972-1983) »
Pause
- 11h-11h45 : Nicolas Poirier (Institut catholique de Paris), « Désir de justice et désir d’inconnu. La condition politique postmoderne selon Jean-François Lyotard »
- 11h45-12h30 : Sarah Talini (Université Paris Nanterre), « Le tort comme horizon paradoxal du politique ? Pour une lecture lyotardienne de la démocratie délibérative »
Déjeuner à Nanterre
Après-midi : Actualité critique
Présidence : Emmanuel Renault (Université Paris Nanterre)- 14h30-15h15 : Claire Pagès (Université Paris Nanterre) , « Différend et injustice épistémique. Quelques remarques sur la différence lyotardienne entre tort et dommage »
- 15h15-16h : Lieven Boeve (KU Leuven), « Jean-François Lyotard à la rescousse de la théologie politique de Johann Baptist Metz »
Pause
- 16h15-17h : Jean-Michel Salanskis (Université Paris Nanterre), « Le difficile politique chez Jean-François Lyotard »
- 17h-17h45 : Table ronde sur l’actualité des recherches sur Lyotard (publications récentes de Claire Pagès et Jean-Michel Salanskis)
Dîner du colloque à Paris
- 9 octobre | Université Paris-Est Créteil
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Matinée : Du côté de la pensée française
Présidence : Martin Dumont (UPEC)- 9h-9h15 : Accueil des participants
- 9h15-10h : Thomas Detcheverry (Université Bordeaux Montaigne), « Retour sur un “méchant livre”. Klossowski, l’intensité et la politique dans l’Économie libidinale ».
- 10h-10h45 : Camille Mars (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « “Pas de vagues !” – Éthique et politique chez Guattari et Lyotard »
Pause
- 11h-11h45 : Fabien Carabajal (Université Paris-Est Créteil), « Lyotard et la mélancolie des postmodernes »
- 11h45-12h30 : Michel Olivier (Université Paris Nanterre), « L’hégémonie de l’économie, obstacle au délibératif politique »
Déjeuner à Créteil
Après-midi : La culture et les arts
Présidence : Anne Teulade (UPEC)- 14h30-15h15 : Corinne Enaudeau (CPGE Paris), « Lyotard : postmodernité, politiques, récits ».
- 15h15-16h : Frédéric Fruteau de Laclos (Université Paris-Est Créteil), « Politique postmoderne et différences culturelles »
Pause
- 16h15-17h : James Williams (Chercheur indépendant), « Ligne figurale et métaphysique politique : Lyotard et la bande dessinée »
- 17h-17h45 : Kiff Bamford (Leeds Beckett University), « Rejouer Les Immatériaux »
Clôture du colloque
Organisation
- Claire Pagès, professeure de philosophie à l'Université de Nanterre et membre du laboratoire Sophiapol.
- Frédéric Fruteau de Laclos est professeur en philosophie de l'environnement et philosophie des sciences humaines à l'UPEC et membre du laboratoire LIS.
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